30 juin 2008
Les choses de même nature.
Je rêve d'Anaïs. Elle a des cheveux noirs et elle me dit c'est parce que c'est des choses de même nature, je ne sais plus très bien, il s'agit du comportement d'un enfant, deux choses différentes animées par la même. Je réponds, ouais, ça doit être ça. N'empêche qu'à l'avenir, tu seras sympa de pas jeter vos dictées dans le caniveau, parce que "les autodafés liquides" ont pas l'air de passionner la maîtresse, hein. Tu feras des happening quand tu seras grande. Elle me demande si écrire des gros mots dans le sable c'est un happening. Je dis que potentiellement oui.
On va au cinéma. Celui qu'elle aime à cause d'une tâche sur la moquette, qui ressemble au Groenland.
Elle ne connaît pas du tout le Groenland, c'est juste le mot qu'elle aime prononcer.
Dans mon rêve, elle a neuf ans.
Si je fais des enfants crétins je vais déprimer.
29 juin 2008
Granny.
Hier, elle est morte il y a un an. C'est le notaire qui l'a dit.
Au téléphone Maman dit qu'il fallait bien que ça arrive. Elle dit que son amoureuse l'avait vue en rêve, sans la connaître, et qu'alors, c'est pas étonnant.
Je dis, oh, oui.
Je suis triste de ne pas l'avoir vue encore, de ne pas lui avoir assez écrit. On se ressemblait. Elle est morte, ficelée dans ses mensonges, ses contradictions, ses envies de théâtre. Le lendemain de l'anniversaire de maman.
Dans mes cheveux je mets un foulard crème, avec des roses, roses. Il est à ma grand mère. J'ai trop chaud. C'est pas grave.
12 juin 2008
mille neuf cent quatre vingt tout le monde sait quoi.
Dans ma boite à courriels, un message publicitaire émanant d'une plateforme tentaculaire dit: Machin-chose.com vous donne le pouvoir. Plein de fromages colorés, et de questions personnelles, et de gens, avec des photos. Qui sont contents. Qu'on leur donne le pouvoir.
A la télévision les opérateurs de téléphone ont des publicités flamboyantes, conçues par des gens qui ont coupé leur cheveux, un jour. Ou d'autres qui les font pousser. Désordre ordonné.
Raie sur le côté nouvelle génération. Le dogme est d'être décalé. Décalé. Ironique. Coloré. Content. Content. Content. Content.
Personne n'a besoin d'espionner.
Tout le monde exhibe.
J'ai peur.
23 mai 2008
Je marche vite et je pense qu'il faut écrire. Je pense que je n'écris pas.
A Paris, me perdre dans la logistique pour ne pas y penser. Parfois une phrase et puis, plus rien.
Peut-être qu'il y a, quelque chose d'impossible à décrire, et qui prend toute la place. Equilibre au milieu du désordre. Malgré les recommandés à nos portes et les assistantes sociales à la comprenette douteuse; il y a de l'air partout, simple, léger, de la facilité.
Je repousse docilement les brouillards, dans une drôle de défiance.
Mon ventre ne fait pas comme il faudrait et en attendant, c'est la place et le corps, qui poussent, ou qui voudraient bien.
Je balaie les départs d'un revers de manche. J'appelle, j'écris. Je dis partout: j'ai besoin de toi.
C'est tout juste ce qu'il fallait.
Moins d'angoisse autour; savoir la prendre doucement dedans.
13 avril 2008
A rebours, avril.
Rien dans la tête mais faire comme si.
Rien dans la tête mais dense, la gorge.
Epaisse, marécageuse, la gorge. Dans ces cas là, c'est bien les ordinateurs, le -travail; c'est bien, on ouvre pas la bouche, on ne lève pas les yeux.
Surtout pas les yeux.
Je me racle la gorge, trouver la place pour faire un "oui" qui tiendrait la route. Il en sort même deux.
Oui, oui, ça va -distraits, les oui.
Surtout ne pas lever les yeux.
L'angoisse, la réalité, la fatigue. Noyés dans le tapotement, visser les yeux, loin, bien loin dedans, avec une moue concentrée.
Oui voilà, c'est bien comme ça.
Sauf que non. Les larmes brûlent les yeux, les cheveux n'ont pas poussé suffisamment.
Au bord des paupières.
Ne pas lever les yeux.
Surtout pas.
Visser le menton aussi. Je pense à des histoires comme ça, de boulons, de trucs à resserer, visser bien fort, vraiment bien: pas de fuites, s'il vous plaît. Garder la bile et les larmes et les monstres à l'intérieur.
Bouchon sur le siphon. Solides, les joins. Solides, les tours de clefs.
11 avril 2008
A rebours, avril.
Je peux prendre ça, Il dit. Il dit et le geste est ébauché sans
attendre la réponse, il a la main fourrée dedans et sort les cahiers
d'un geste, les vieux, les neufs, les pages volantes. D'un coup sec sur la table. Il lui fallait la sacoche, il est content.
Il est parti avec ma sacoche publicitaire minable, éventrée, et tous mes
cahiers sont là, débiles, nus sur la toile cirée. Je voudrais lui dire qu'il
peut bien prendre la sienne, que je ne veux pas qu'on touche à "ça",
mais je dis, oui, tu peux la prendre, avec un joli ton désinvolte et je continue mon numéro (souvent le même, équivoque).
En
vrai, je voudrais lui arracher les yeux, parce que, ça, c'est pire que
tout, d'étaler, ça, et de partir avec sa maison. Il est parti avec le
ventre et me laisse un tas de boyaux à l'air.
Merde, si il en restait dedans?
Et
puis même, mes boyaux n'ont rien à faire là, sur la table, à côté d'une
plante d'intérieur et des tickets de métro; est ce que c'est un endroit
pour poser ses plaies et ses viscères et ses petites choses minuscules,
si petites, si petites? Ca se flanque pas comme ça sur une table avec
un bruit de Challenges Magazine dans une salle d'attente.
J'aurais dû dire ça mais non.
Je fais comme si de rien. Oh, pas important, oui tu peux me déranger, bien sûr que oui, je ne faisais rien: j'écrivais.
07 avril 2008
Tout le monde est parti, prostration, vague d'angoisse; je n'attendais pas la solitude. Pas cette fois.
Vendredi soir, la peau. Crue. L'étonnement de la douceur et des douleurs vives.
Dedans, je suis close. Jouissance. Brutale. Brûlante.
Les murs et le parquet craquent.
Le matin, angoisse et ventre clos. Je tombe dans l'emploi du temps.
Boire O avec avidité et rester close. Douloureuse.
Légèreté des retrouvailles mêlée au ballet du matin.
Et puis rester seule.
De plein fouet, je suis vide, mon ventre est vide, mes mains sont vides, je suis épuisée et rien devant. Je suis abominablement seule, abandonnée. Comme une morveuse à couettes dans un magasin: Quelqu'un est demandé à l'accueil, La petite Mary, trois pulls et deux paires de chaussettes, ne peut pas rester seule dix minutes de suite.
Sous peine de mort.
Ou de fugue, c'est pareil.
Fatigue impérieuse. Je pense à une fugue ou une vidange. Finalement, rien.
Manger une demie courgette et partir. Fatiguée.
Chercher Princesse. La trouver toujours aussi belle, parler chiffons, médire, disserter sur les proches banlieues, raconter les péripéties scolaires, les bonnes notes vraiment mais alors vraiment pas volées.
Faire du thé en pouffant, heureuses.
Succession d'instants sottement parfaits.
Equilibre.
Nuit courants d'air à camper sur le parquet. Bois de vincennes rempli de sabres lasers imaginaires et de championnat du monde de football.
Mes mains ne débleuissent plus, je m'en fous, je raconte les sorcières et les bâtons de sourcier. Ou de sorciers, oui, aussi. Mais pas obligé. Non, pas obligé.
Et puis seule.
Sans dame en bleu pour convoquer qui m'a laissé là.
Nœud à coulisse dans la gorge. Dormir volets ouverts: le monde n'a pas disparu.
Pleurer sur mes os surgelés, pleurer de colère, d'absurdité.
D'angoisse.
Je pense à A qui devant toutes les babioles de C. me demande si j'aime bien le tibet, croyant que c'est ma maison.
C'est la maison de C.
Elle fait du tchi cong et du rebirth et du tai-chi et travaille aux impots.
Cursus exemplaire.
Comptes à jours. Normal.
Je réponds que non, c'est pas ma maison, que non, je suis pas bouddhiste, mais que c'est joli ici, que j'aimerais bien, qu'on se verrait tout le temps.
Je pense à ça et je pleure de ne pas savoir faire de tai-chi, ou répondre au téléphone, ou avoir des classeurs de compta. Ou dire le mot compta.
Les possibles impossibles vont et vienne dans ma gorge.
Pleurer d'exil, nue loin de mon trou. Nue, jetée au monde, plein milieu, et je ne sais même pas fermer les volets.
Mal aux os. Résignation face aux minutes qui s'égrènent avec une drôle de vitesse.
Je suis nue dans les vêtements de O.
A cinq heures, thé, draps, petit déjeuner miteux et douche glacée. Pas de larmes. Pas de colère insurmontable.
Je m'abandonne à l'absurde et à ce qu'on voudra faire de moi.
05 avril 2008
A rebours, train.
Mon ventre se tord. La peau. La peau. La peau.
J sussure que quelque chose va venir, que quelque chose vient toujours.
J'écris avec des lunettes de soleil; j'aime, regard flottant derrière
les grands verres noirs, les gens et les rideaux sales, les occupations
des uns et l'ennui des autres, avec avidité ou ironie ou autre chose
derrière les grands verres noirs; filtrent la lumière artificielle et
mon visage qui parle plus qu'il ne faudrait.
Je pense à E qui me parle de zan, et aux poches de Barbara.
C m'écrit qu'il m'aime, je prends le temps de répondre et n'envoie pas.
J'écris une lettre à R. Une lettre pour rien, une pour agiter les
possibles hors de portée. Il a dit ça: hors de portée, comme ça, pour
dire le monde fuyant, l'étreinte qu'on atteindra jamais.
Dans le reflet de la vitre il y a la bouche d'un homme, qui fait ce
sourire là. Je le lui rends de sous mes lunettes de soleil, en
continuant d'écrire, le nez levé.
Dans le reflet de la vitre ma main et mon poignet encore frêles, il
reste encore ça, encore ça, quelque chose de cristallin, quelque chose
de fragile.
Le monde est là, terriblement proche, à toucher, à sentir. Vibrations,
courants liquides et choses cardinales, tout ça ici, au bout des
doigts; écrire a du sens, là, maintenant;
Et tout à l'heure?
Toujours cette angoisse rampante de l'après, le déchirement du retour au monde sans avoir même touché l'ailleurs.
Dans le train, odeurs écoeurantes de chips au paprika, de sandwichs aux morts et au beurre, de papiers jetables graisseux.
Moi, j'ai mangé un bonbon à la fraise et une galette de riz avant le concert d'aluminium.
Le jeune homme au sourire équivoque part aux toilettes avec son journal
à la page des mots croisés. Je souris. De toutes mes dents cette fois.
04 avril 2008
A rebours, Londres, page de gauche.
Sunday six:
Chocolate50+ ricecracker30+yaourt51
70potatoes+30dressing salad+25 bread+15peer+15sweetie
30ricestuff+30jam.
30+25vegetables+10dressing+30rice+60peanut butter
131+175+60+150
Pauvre conne.
A rebours, Londres
Ce matin, un café dans un drôle de gobelet en plastique, et les forces viennent.
Je rencontre B. Miroir de la maman de maman: le même rire, tête jetée en arrière, bouche ouverte très grand sur de toutes petites dents, et les yeux plein d'étincelles perçantes, comme des revanches. Elle parle en brassant l'air très grand aussi, survoltée; un peu au bord d'inverser le monde tout le temps. Et même sa voix: la maman de maman.
Cette nuit, j'ai rêvé d'une cloche tombée à terre dans un bruit sourd, Ce matin, B raconte qu'elle collectionne des petites cloches décoratives de celles qu'on achète dans les aéroports, comme celle que j'ai rapporté à maman: un moulin en terre cuite d'Amsterdam, fabriqué en chine.